Les téléspectateurs britanniques ont éliminé le 20 janvier la participante de l'émission Big brother accusée de racisme
Lors de l'émission quotidienne de téléréalité de Channel 4, l'actrice indienne Shilpa Shetty avait essuyé des critiques de ses colocataires, certains des propos tenus à son encontre ayant un caractère raciste.
Si la communauté indienne de Grande-Bretagne a vivement réagi, l'affaire est remontée jusqu'au 10 Downing Street, et même jusqu'à New Delhi.
"Celebrity Big Brother" - pour laquelle les neuf participants sont filmés dans un appartement 24/24h avec pour seul objectif de faire éliminer les autres - est regardée fiévreusement tous les soirs par des millions de téléspectateurs.
Shilpa Shetty, qui à 31 ans a tourné une quarantaine de films dans son pays, et qui semble énerver les autres participants, s'est fait insulter plusieurs fois, s'est vu reprocher sa façon de cuisiner, et a été interrogée sur sa manière de vivre, toujours en rapport avec ses origines.
Les larmes et les déclarations de l'actrice à bout ont fait le reste et provoqué la colère, dans le pays où vivent des centaines de milliers de personnes d'origine indienne.
Le vote du public La chaîne de télévision Channel 4 a annoncé en direct le 20 janvier, en fin d'émission, aux colocataires de la maison Big Brother que le public avait choisi d'éliminer Jade Goody, 25 ans, rendue célèbre par sa précédente participation à la version grand public de Big Brother. La jeune femme, qui a versé quelques larmes après la brève annonce, a recueilli 82% des votes pour son élimination, selon la chaîne de télévision Sky News.
Les téléspectateurs lui ont préféré l'actrice bollywoodienne Shilpa Shetty, 31 ans, qui s'est montrée héroïque face aux agressions verbales répétées de plusieurs de ses colocataires, Jade Goody en tête. Cette dernière était devenue pour la presse populaire "le visage de la haine".
Le résultat semblait couru d'avance : le quotidien britannique le plus vendu du pays, le Sun avait appelé ses lecteurs à voter pour l'éviction de Jade Goody, expliquant qu'il était urgent de "restaurer la réputation endommagée du pays".
A des milliers de kilomètres de là, le ministre des Finances Gordon Brown, que la polémique a poursuivi à chaque pas de son premier voyage en Inde, a déclaré à mots couverts qu'un vote favorisant Shilpa montrerait que "la Grande-Bretagne est un pays de tolérance et d'équité".
Toni Blair s'en mêle Le 18 janvier, près de 20.000 "plaintes" dénonçant la façon dont elle est traitée depuis le début de la nouvelle série le 3 janvier, avaient été reçues via internet par l'Ofcom, l'autorité indépendante régulatrice des médias britanniques. Channel 4 en a reçu quelque 2.000 autres, et la police a même fait état de "menaces" contre certains participants de l'émission.
A la mi-journée, le Premier ministre Tony Blair s'était vu interpeller à la Chambre des Communes, où il avait admis ne pas regarder l'émission, mais a pris soin d'affirmer son opposition au racisme "sous toutes ses formes".
Et à des milliers de kilomètres de là, le ministre des Finances Gordon Brown, en voyage pour la première fois en Inde où l'affaire fait grand bruit, a dénoncé "tout ce qui nuit" à l'image d'un Royaume-Uni "juste et tolérant".
Deux autres ministres britanniques s'étaient indignés, tout comme le maire de Londres Ken Livingstone, et l'affaire avait pris une dimension diplomatique: à New Delhi, le sous-secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères, Anand Sharma, avait fait savoir que le gouvernement indien "étudierait tous les aspects" de cette affaire et "agirait de manière appropriée".
Channel 4, avait fait savoir qu'elle prenait "extrêmement au sérieux", tout comme le producteur Endemol, "les questions d'abus racial". Mais la chaîne avait défendu un programme qui montre "l'interaction sociale" des participants.
Elle a affirmé qu'il n'y avait "pas eu d'injures ou de comportement racistes manifestes" visant Shilpa Shetty, précisant que les comportements racistes "sans amiguité" n'étaient pas tolérés dans l'émission. La chaîne a toutefois admis qu'il y avait "sans aucun doute un clash culturel et de classes entre elle et trois des filles britanniques."
Record d'audience La tempête médiatique a conduit le principal sponsor de l'émission Carphone Warehouse à annoncer qu'il se retirait, un manque à gagner de 3 millions de livres (4,5 millions d'euros). Et sous la pression, Channel 4, qui n'a pas à ce jour l'intention de suspendre l'émission, a annoncé qu'elle donnerait à des organisations caritatives tous les profits émanant des appels des téléspectateurs vendredi soir, facturés 50 pence (80 centimes d'euro) l'unité.
Un journal avait calculé qu'en cas de mobilisation record, la chaîne aurait pu gagner deux millions de livres (environ 3 millions d'euros). |