L'éditorial quotidien (à 7h45) du journaliste sera assuré par Franz-Olivier Giesbert et Serge July Alain Duhamel avait été suspendu d'antenne à RTL et France Télévisions après qu'il eut annoncé, lors d'une réunion à l'Institut d'études politiques de Paris en novembre 2006, qu'il voterait pour François Bayrou.
La vidéo de cette conférence, filmée à son insu, avait circulé sur internet.
Avant le 5 mars, Franz-Olivier Giesbert, PDG du "Point", fera seul l'éditorial matinal. Il sera ensuite assuré en alternance avec Serge July, ex-PDG de Libération, qui collabore au site internet de RTL consacré à la présidentielle.
Suspension La direction de l'information de RTL a précisé qu'elle "maintient toute sa confiance à Alain Duhamel". "Dès son retour de vacances le 26 février, il deviendra polémiste de l'émission 'On refait le monde'" qui a lieu le soir de 19h15 à 20 h, a-t-elle précisé.
Dans une interview publiée samedi 17 février par "Le Figaro", Patrick de Carolis, président de France-Télévision, affirme qu'"aucune autre décision n'était possible" à propos de cette suspension.
Estimant que l'éditorialiste politique "a été piégé" par la diffusion via internet de ses propos tenus en novembre, Patrick de Carolis relève qu'à "l'heure où tout circule sur internet, chacun doit se souvenir que le métier de journaliste impose dans des périodes sensibles des règles strictes et rigoureuses".
Dans un communiqué, la direction de France Télévisions avait rappelé jeudi 15 février que le service public se devait d'être irréprochable, tout particulièrement en période de campagne électorale, en respectant rigoureusement les principes d'indépendance et de neutralité dans ses journaux et magazines d'information.
Au nom de ce principe, deux présentatrices de journaux télévisés du groupe public se mettront en congé d'antenne à la fin du mois pour le reste de la campagne: Béatrice Schoenberg (France 2), épouse du ministre de la Cohésion sociale Jean-Louis Borloo, et Marie Drucker (France 3), en raison de sa liaison avec le ministre des DOM-TOM, François Baroin.
Les réactions François Bayrou a déclaré samedi 17 février, en clôturant un colloque sur la culture organisé par l'UDF au Sénat: "Je défends la liberté d'expression et l'objectivité des journalistes", ajoutant :" "Je préfère et de loin des journalistes objectifs, dont on connaisse l'opinion, à des journalistes dont on ne connaît pas l'opinion, mais qui sont tendancieux et partisans".
M. Bayrou a en outre souligné qu'"un journaliste est un citoyen" comme les autres, "dont on peut attendre qu'il ait des opinions". "Il faut tourner la page sur le temps du sectarisme, le temps où on était obligé de se taire", a-t-il lancé.
M. Duhamel a toujours été "un journaliste honnête", qui "n'a jamais eu la moindre complaisance à l'égard de ceux" qu'il a interviewés, a-t-il estimé.
Le premier secrétaire du parti socialiste, François Hollande, a regretté la suspension du journaliste, dénonçant une "hypocrisie" et l'application de "règles sommaires". "Les opinions de ce journaliste sont en effet connues, il les exprime suffisamment et depuis de nombreuses années dans tant d'éditoriaux de la presse écrite", estime François Hollande.
"Il y a donc quelque hypocrisie à les découvrir aujourd'hui et à les utiliser pour le priver d'intervenir, même dans ce moment sensible qu'est une campagne présidentielle", a-t-il ajouté.
"La voix d'Alain Duhamel, qui n'a jamais été particulièrement indulgent à l'égard du Parti socialiste et de sa candidate, nous manquera", a conclu M.Hollande.
Jean-François Kahn, au nom de la rédaction de l'hebdomadaire "Marianne", a condamné cette suspension en s'exclamant: "Libérez Alain Duhamel !"
"Ses éditoriaux depuis quelques temps évoluaient plutôt vers une préférence pour Nicolas Sarkozy. Or nul n'aurait songé à le sanctionner pour cela", a estimé M.Kahn.
Pour sa prise de position en faveur de François Bayrou, "Alain Duhamel est sanctionné et suspendu de toutes ses fonctions sur France Télévisions. Autrement dit, tous les journalistes (...) qui ne dissimulent pas leur sarkozysme militant, ont parfaitement le droit de manifester jour après jour leurs préférences mais le seul fait d'avoir incidemment, même de façon critique il y a quatre mois laissé entendre qu'on pourrait à la rigueur voter Bayrou vaut exclusion et supension", s'indigne M.Kahn.
Selon lui, "cela en dit long sur la mise en coupe réglée des médias, y compris ceux de service public".
L'ex journaliste Rachid Arhab, nouveau membre du Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) chargé des questions de déontologie au sein de la haute autorité de l'audiovisuel, a estimé jeudi sur Public Sénat que le journaliste de télévision était "tenu à une obligation de réserve".
"Je trouve effectivement justifié et normal qu'un journaliste puisse avoir des opinions et choisir un candidat. Mais en même temps, le journaliste de télévision est tenu (...) à une obligation de réserve", a-t-il dit.
Il considère comme "normal" qu'un journaliste qui s'affirme pour l'un ou l'autre des candidats "ne puisse exercer son travail de la même façon". |